"J'adhère et vous ?" - Jérôme Soissons

Jérôme Soissons est architecte. A 58 ans, il porte un regard éclairé sur l'urbanisme et l'aménagement de Dunkerque.

- "Pourquoi avoir adhéré à Dunkerque en mouvement ?

- Je suis arrivé dans cette ville il y 35 ans et je l'aime profondément. Chaque jour je regarde les ciels flamands, la mer, et mon émotion est intacte. En revanche, je constate une forte dégradation de l'ambiance et de la vitalité qui m'avaient tant séduit à l'origine. Il faut sortir de cette spirale négative et déprimante. Or, il revient bien aux Dunkerquois de se prendre en main pour changer leur ville en mieux. C'est pourquoi j'ai saisi la chance que représente Dunkerque en mouvement ; un mouvement emmené par Patrice Vergriete qui redonne la parole aux Dunkerquois. Et je trouve cela normal : parce qu'ils y vivent, les habitants d'une ville sont généralement de bons experts en matière d'urbanisme !

Depuis 1940, l'évolution urbaine de Dunkerque a totalement échappé aux Dunkerquois. On leur a successivement imposé la Reconstruction puis la sidérurgie... Aujourd'hui, cela continue. De grands noms de l'architecture ou de l'urbanisme sont chèrement payés pour nous dire comment nous devons vivre... sans tenir compte de notre climat spécifique (vent, froid), de la pollution et de la façon dont nous composons avec ces réalités. Cette tendance systématique à recourir au "regard extérieur" contribue à générer des projets urbains à côté de la plaque.

- A quels projets urbains pensez-vous ?

- Prenons le Grand Large. Lorsque les chantiers navals ont disparu, on est allé chercher une star anglaise de l'architecture pour concocter un projet sur ces grands espaces vacants. A l'époque, en Angleterre, on bradait les espaces portuaires pour les transformer en bassins d'agrément entourés d'opérations de promotion privée - un héritage des années Thatcher.

L'architecte anglais a fait de même : sur le site de la Normed, il a fait construire un quartier de logements - et même de maisons individuelles - alors que ce terrain représentait un gisement économique considérable. Bilan : tous les quais qui bordent les bassins à marée le long du chenal sont aujourd'hui morts pour toute activité portuaire. Et c'étaient les derniers disponibles au nord de la France... De fait, quand on voit aujourd’hui le dynamisme économique et l’attractivité des chenaux maritimes d'Ostende, Bruges, Gand ou Anvers - qui sont nos concurrents les plus actifs - on ne peut que regretter l’option prise à Dunkerque.

Le plus affligeant, c’est que ces terrains du Grand Large sont situés en zone inondable, menacés par les risques liés à la submersion marine. Les habitants connaissent-ils les risques encourus pour leurs logements acquis à prix d’or ? J’ajoute que, sur ce site très exposé aux intempéries, la distribution de l’habitat, organisée sur un plan versaillais, autour d’un grand parc linéaire, ignore lamentablement les contraintes climatiques.

Je pourrais aussi vous parler du plan Busquets dont la municipalité sortante nous rebat les oreilles (NDLR : Nous y reviendrons dans un prochain billet sur ce blog)...

- Vous avez une idée bien précise de la manière dont le centre-ville de Dunkerque pourrait être réaménagé...

- Je pense qu'il est notamment possible d'améliorer la qualité des logements de la Reconstruction en se montrant innovant. Actuellement on parle beaucoup de surélévation des immeubles existants. Cela ne résout pas le principal problème de ces logements : le manque d'isolation phonique et thermique. Ces copropriétés, toutes construites simultanément, souffrent aussi d'une dégradation accélérée de leurs façades. Une solution consisterait à créer devant les façades existantes un volume habitable supplémentaire, qui jouerait le rôle d'une peau protectrice et permettrait d'abriter les trottoirs des rues commerçantes. Dunkerque pourrait ainsi devenir la Bologne du Nord (le centre-ville de Bologne compte 67 km d'arcades) ! La largeur des rues de la Reconstruction rend cette opération possible. Quel plaisir on aurait alors à flâner dans les rues abritées de notre centre d'agglomération !

- Que pensez-vous de la proposition de Patrice VERGRIETE de rénover entièrement la digue et d'y construire un parking en souterrain ?

- Déjà, je peux dire que ce chantier va s'imposer en raison des risques accrus de submersion marine. Les Belges ont déjà leurs parkings souterrains mais il nous faut passer à une réflexion plus profonde. Les autorités de Hambourg procèdent actuellement à l’édification de digues surélevées destinées à se protéger des crues dévastatrices de l’Elbe tout en améliorant l’activité piétonne et touristique. Nous pouvons nous inspirer de cette réalisation, en sachant que nous devrons combattre des assauts  maritimes plus violents que ceux de l’Elbe.

Cette proposition aura l'avantage de répondre à plusieurs problématiques : le stationnement bien sûr mais aussi la submersion marine et enfin l'agrément et la piétonnisation de la digue. Ce serait l'occasion de faire de notre front de mer un lieu atypique, protégé du vent et de la submersion, et très attractif, donc créateur d'emplois. Il n’est pas certain, pour être plus précis, qu’il faille le placer strictement à l’emplacement de toute la digue actuelle, sachant que le point faible de la côte se situe, pour l’instant, au droit des Îlots bleus et du Kursaal. La réflexion est en cours, un groupe de travail de Dunkerque en mouvement fera des propositions qui seront dévoilées durant la campagne."



Les commentaires

  • Posté par Sydney PIERENS, le 19/08/2014 à 20:40:35

    Salut Jérôme je vois que tu t\'est lancé dans la vie publique ,j\'espère que tes capacités pourront lui servir je vois que tu est toujours aussi doué pour les petits croquis qui sur les cr en disaient plus long que les écrits . Amicalement Sydney le breton d\' adoption depuis bientôt un an


  • Posté par Laurence RANCHY, le 22/10/2013 à 17:40:50

    Bravo Mr Soissons ! Enfin des propositions qui redonnent des couleurs à Dunkerque. Il faut dire qu\'en matière architecturale (confère par exemple notre beau Kursaal noir, pourri, rouillé ....) la municipalité cultive le "laid", quant à la perennité ..... no comment !!!


  • Posté par sammy, le 20/10/2013 à 09:21:49

    Nos élus persistent à choisir des réalisations avec de la brique claire au lieu de choisir la brique locale. Résultat? Des bâtiments à l' aspect sale et noircit. Le nouveau théâtre ne fera pas exception. Il suffit de voir comment vieillit mal le bâtiment où sont les radiologues près du pont Europe!


  • Posté par Sylvie, le 19/10/2013 à 23:27:29

    Je souscris, certes, à votre vision du Dk actuel. Il me semble qu'il eût été plus raisonnable de se fier à ce qui s'était fait, naguère, et que la guerre avait défait. De grandes bouffées de verdure et des rues et avenues plus étroites et sinueuses, pour éviter les vents. On pouvait autrefois écouter en paix de la musique ds le Parc de la Marine et quitter le centre ville par un chemin vert qui menait aux guinguettes des jardins de Rosendaël. Cette idée de jardins accueillants et protecteurs aurait dû se prolonger sur Malo. Les habitants de la Grande Métropole quittant un petit matin ensoleillé et prometteur pour trouver une digue grise ou venteuse eurent au moins eu le réconfort de ces contreforts naturels, arborés et bien protégés dans lesquels petites terrasses abritées, bien habillées et guillerettes guinguettes leur aurait fait oublier les déconfitures des aléas climatiques. Il y avait certainement là une idée à faire pousser. Quant aux toitures végétales ... Celles qui ont été ne sont déjà plus. Dans une région d'eau qui risque bien d'en recevoir des trombes dans les années à venir, il me semblerait moins risqué d'en rester à des toitures bien pentues ... Toitures crénelées et briques ... De la chaleur, visuelle et corporelle. Le bien-être ...