Pourquoi l'eau est-elle si chère à Dunkerque ?

Dans le magazine Que Choisir de novembre 2013, Dunkerque fait encore parler d'elle. Notre ville est en effet désignée comme l'une des communes de moins de 100 000 habitants... où le prix du m3 d'eau est le plus cher !

Ailleurs en France, de nombreuses collectivités locales trouvent des solutions pour faire baisser le prix de l'eau : renégociation des contrats à la baisse, création de régies publiques de l'eau... Des élus responsables dénoncent les abus et des contrats anormalement élevés. "Négocier le prix de l'eau relève désormais de l'évidence", note la journaliste de Que Choisir.

Pas à Dunkerque visiblement ! Lors du dernier conseil communautaire, les élus avaient pourtant toute latitude* pour renégocier le contrat liant la CUD et la Lyonnaise des eaux... Et rien n'a été fait. Plus incroyable : le sujet n'a même pas été abordé !

*Pour info, le contrat liant la CUD et la Lyonnaise des eaux est établi sur une durée de 30 ans. Suite à un arrêt du Conseil d'Etat, les contrats au delà de 20 ans sont désormais renégociables.

Plutôt que de s'intéresser au problème du prix anormalement élevé de l'eau, les élus de la municipalité sortante préfèrent se féliciter de la mise en place, voilà un an, d'une tarification (soit disant) éco-solidaire dans les 27 communes de la CUD.

Le vrai bilan de la nouvelle tarification de l'eau

Depuis un an, une tarification progressive de la consommation d’eau a été instaurée, selon trois paliers distincts : l’eau dite "essentielle", l’eau "utile" et l’eau "de confort". A chaque tranche correspond un tarif au m3, qui va donc croissant, afin d’inciter les usagers à une consommation plus responsable. En outre, les bénéficiaires de la CMU ont droit à un tarif préférentiel en ce qui concerne la tranche de l’eau dite "essentielle". Les seuils de tarification par foyer sont de 75m3, puis jusqu'à 200m3 et enfin au delà.

Sur le papier, la tarification éco-solidaire semble très séduisante avec son double objectif écologique et social. Mais dans la réalité, le dispositif montre de sérieuses faiblesses au détriment de certains consommateurs. Et la façon dont a été mis en place ce tarif éco-solidaire - sans aucune concertation en amont - contribue pour beaucoup aux problèmes observés... Dans un article récemment paru dans La Voix du Nord, on apprend d'ailleurs qu'un "observatoire éco-solidaire a été créé dès le lancement du dispositif, regroupant tous les acteurs de l'eau, mais aussi les organismes sociaux (CAF, CPAM, etc.)". Problème : il s'est réuni seulement pour la deuxième fois (sic !) le 15 octobre dernier !

Grandes perdantes, les familles avec enfants

La nouvelle tarification, basée sur la simple consommation des foyers, ne prend absolument pas en compte le nombre de personnes composant un foyer (sauf au delà de 5 personnes).

Sachant que la consommation moyenne par personne dans le Nord - Pas-de-Calais est de 43m3/an, voici une simulation éclairante :

Une personne seule (43 m3)

36 €/an/HT

Un foyer de deux personnes (moins de 75 m3)

62 €

Un foyer de deux personnes (86 m3 )

79 €

Un foyer de quatre personnes (172 m3)

211 €

Un foyer de six personnes (258 m3)

360 €

Consommations seules hors abonnement, redevance, agence de l'eau, voies navigables, assainissement, etc.

 

On constate que les personnes seules ou en couple sont les grands gagnants du nouveau tarif de l'eau. En revanche, ce n'est pas le cas des familles. Il est tout simplement impossible pour une famille (même avec un seul enfant) de se maintenir sous le seuil des 75 m3... Tandis qu'il est s'avère tout aussi difficile de passer sous les 200 m3 pour les foyers de 5 personnes et plus !

Il est donc mensonger de qualifier cette tarification de "solidaire".

Pour qu'elle devienne progressive et sociale, cette tarification de l'eau devrait a minima s'appuyer sur le quotient familial des foyers. Mais la problématique des familles recomposées ou des enfants en garde alternée - un mode de vie de plus en plus courant, rappelons-le - ne serait alors toujours pas prise en compte... C'est véritablement la façon dont a été construite cette tarification qui pose problème : elle ne peut pas permettre d'arriver à une réelle justice entre les consommateurs.

"Au delà ce cette tarification mal pensée, notre priorité doit porter sur la renégociation du contrat de la CUD avec la Lyonnaise des eaux. En tant que candidat aux prochaines élections municipales et futur maire de Dunkerque, je m'engage à le faire dès mars 2014 !" P. Vergriete



Les commentaires

  • Posté par Jean-Marc Corroyez, le 31/10/2013 à 18:37:32

    Propriétaire d'un petit immeuble de malo dans lequel se situent : un local professionnel, un premier appartement que j'occupe (avec mon épouse et 2 jeunes enfants) et un deuxième loué (à un couple et 1 enfant), j'ai eu la désagréable surprise de constater une nette augmentation de la facture de mars... Alors meme qu'en octobre 2012, ni la ville, ni la Lyonnaise, n'étaient capables de dire de combien seraient les nouveaux tarifs et pour cause ! La franchise de 75 m3 ne fonctionne que par compteur individuel (de la Lyonnaise) et pour une habitation (ou un appartement qui dispose de son propre compteur) ! Pour un compteur collectif, c'est seulement 40 m3 par habitation : consommons-nous moins parce qu'on paye l'eau en commun ? Non ! Pire, une fois établi les proratas de consommations puisqu'il y a 3 décompteurs (mais pas de la Lyonnaise), j'ai constaté une augmentation de 150 % du tarif du local professionnel. N'étant pas une habitation, il ne bénéficie pas de la franchise et passe tout de suite sur la deuxième tranche... Solution de la Lyonnaise : équipez-vous à vos frais de 3 décompteurs (et 3 adoucisseurs d'eau puisqu'ils doivent etre après les compteurs) pour qu'on édite 3 factures, avec 3 abonnements (dont un professionnel, bien plus cher off course) et comme cela chaque locataire devra payer les frais de reouverture lors d'un changement de bail... Les 35 m3 de franchises récupérées pour les deux appartements disparaissent dans les surcouts de la Lyonnaise. Merci la ville de Dunkerque et son maire, actuel.


  • Posté par Dunkerque en mouvement, le 30/10/2013 à 17:45:48

    @Jean-Paul Merci pour ce commentaire très bien informé qui apporte de précieuses précisions à notre billet.


  • Posté par Jean-Paul, le 30/10/2013 à 16:19:31

    Depuis deux ans, des communes remettent en cause les contrats qui les lient aux géants de l'eau et réclament des baisses de prix parfois drastiques. A Dunkerque rien de tout ça, Michel Delebarre qui n’a pas choisi cette voie, a lancé à grands renforts de markéting la prorogation de sa délégation de service public (DSP) pour la gestion de son eau. Tarifs progressifs, éco solidaires, etc si on écoute la municipalité c'est révolutionnaire !. Tout ça pour justifier une prorogation de 5 ans du contrat, ce qui détourne le fameux « arrêt Olivet », rendant caduque les contrats de très longue durée à partir de 2015. Là, les Dunkerquois en reprennent automatiquement jusqu'à 2017. Cet arrêt OLIVET rendu par le Conseil d’Etat permet désormais aux élus, mais pas ceux de Dunkerque, de réaliser un bilan de la délégation du service (contractuel, financier, technique, juridique), afin d’apprécier “l’économie globale du contrat” et d’en estimer “l’espérance de vie économique”, car sa poursuite au-delà du 03.02.2015, nécessite que soit faite la démonstration de son utilité économique. Si l’on regarde la tarification, ce sont les tranches les plus hautes qui financent la tranche la plus basse : 0,83€ pour la plus basse (jusqu'à 75m3), 1,53 €/m3 pour la seconde (200 m3) et 2,04 €/m3 pour la dernière (au-delà de 200m3). Et au vu des tarifs pratiqués, Michel Delebarre assure une belle rente de situation à l'entreprise délégataire sur le dos des Dunkerquois!!! SUEZ a repris son ancien chiffre d'affaires et l'a divisé en 3 groupes de consommation. Le but étant qu'avec les seuils mis en place, le montant récolté à chaque facturation ne soit pas inférieur à la situation précédente. Ceci explique sans doute que le 1er seuil soit limité à 75 m3 par an : c’est très peu pour un foyer composé de 4 personnes ! Les familles nombreuses en difficulté qui vont consommer plus de 75 m3 par an, et sortiront donc de ce tarif préférentiel. Plus grave, le système étant basé sur les bénéficiaires de la CMU, il faut donner à l'entreprise le fichier de ces personnes !! Quid du respect des personnes et de la confidentialité ??